Accueil > Sclérose Latérale Amyotrophique > Actualités en recherche > ENCALS : Interview du Dr Timothée Lenglet par le Dr Pierre-François Pradat, juillet 2012

Interview du Dr Timothée Lenglet par le Dr Pierre-François Pradat

 

Timothée Lenglet

Timothée Lenglet

 

 

Le Docteur Timothée Lenglet travaille à la Pitié-Salpêtrière au sein d’un Centre d’Investigation Clinique, dans une unité entièrement dévolue à la réalisation de protocoles de recherche dans les maladies du système nerveux. Il est spécialisé dans les maladies du motoneurone et des nerfs périphériques.

 

Dr Pierre-François Pradat : Pouvez-vous nous dire quelques mots sur les propriétés de l’olesoxime ?

Dr Timothée Lenglet :

L’olesoxime a été initialement identifiée in vitro pour son aptitude à améliorer la survie de motoneurones en culture dans un milieu privé de facteurs trophiques.  Dans son développement préclinique l’olesoxime a démontré un effet neuroprotecteur prometteur sur plusieurs modèles de maladies neurodégénératives et en particulier sur le modèle murin le plus répandu de la SLA (des souris qui expriment une mutation sur le gène SOD1, mutation qui est responsable de rares formes familiales de SLA). L’olesoxime interagit avec la fonction des mitochondries. Les mitochondries sont  considérées comme les « centrales énergétiques » de la cellule   et leur dysfonction semble jouer un rôle clé dans la pathogénie de la SLA.

 

Dr Pierre-François Pradat : C’était un essai thérapeutique de grande envergure, pouvez-vous nous en résumer les principes ?

Dr Timothée Lenglet

Il s’agissait d’une étude multicentrique de phase 2-3 impliquant 15 centres répartis dans 5 pays de la communauté européenne qui visait à évaluer l’efficacité et la tolérance de l’olesoxime  chez des patients atteints de SLA. Au total 512 patients ont été inclus dans un essai randomisé en double aveugle dans lequel les patients prenaient l’olesoxime ou le placebo en plus de leur traitement par riluzole. L’objectif primaire de l’étude était une amélioration de la survie après 18 mois de traitement et les objectifs secondaires étaient essentiellement axés sur la fonction motrice. Malheureusement l’étude s’est révélée négative pour l’ensemble des critères étudiés en dehors d’un effet marginal sur l’échelle fonctionnelle de la SLA (ALSFRS-r) à 9 mois, un effet qui est toutefois trop faible pour avoir un impact significatif sur la fonction motrice des patients.  .

Dr Pierre-François Pradat :  Au delà de ces résultats décevants, quels enseignements peut-on tirer de cet essai ?

Dr Timothée Lenglet

Un enseignement important est que la survie globale des patients inclus dans l’étude était sensiblement supérieure à celle mesurée dans les essais thérapeutiques passés et ceci est naturellement à prendre en compte dans le calcul du nombre de patients nécessaire pour de futurs essais thérapeutiques ayant pour objectif principal une amélioration de la survie. Mais cela souligne sans doute par ailleurs les progrès accomplis ces dernières années dans la prise en charge symptomatique de nos patients SLA que ce soit sur un plan nutritionnel ou respiratoire avec en particulier l’usage plus étendu  de la ventilation non invasive.